Pourquoi bouger soulage la douleur (et arrête le cercle vicieux)

Julien Habay

2/8/20263 min read

Pourquoi bouger soulage la douleur

(et arrête le cercle vicieux)

Résumé rapide
La douleur n’est pas toujours un signal de danger. Très souvent, c’est l’arrêt du mouvement qui entretient le problème. En kinésithérapie, le mouvement bien dosé est l’un des outils les plus efficaces pour diminuer durablement la douleur.

La douleur : un signal… qui peut se dérégler

À l’origine, la douleur est un mécanisme de protection. Elle nous alerte lorsqu’un tissu est agressé.
Mais lorsque la douleur persiste dans le temps, le système peut devenir hypersensible, même en l’absence de lésion grave.

On observe alors fréquemment :

  • une diminution de la force musculaire,

  • une perte de mobilité articulaire,

  • une appréhension du mouvement (appelée kinésiophobie),

  • une amplification du message douloureux par le système nerveux.

👉 Résultat : moins on bouge, plus le corps devient sensible à la douleur.

Pourquoi l’immobilisation entretient la douleur

Pendant longtemps, on a cru que le repos était la meilleure solution face à la douleur.
Aujourd’hui, les données scientifiques montrent l’inverse dans la majorité des cas.

Le manque de mouvement entraîne :

  • une diminution de la circulation sanguine locale,

  • une perte de capacité des tissus à encaisser les contraintes,

  • une rigidité articulaire,

  • une augmentation de la perception douloureuse.

Le corps s’adapte à ce qu’on lui impose.
Si on ne lui demande plus de bouger, il devient moins capable de le faire sans douleur.

Comment le mouvement agit comme un antidouleur naturel

Un mouvement adapté et progressif permet :

  • ✔ d’améliorer la nutrition des muscles et des articulations,

  • ✔ de restaurer la confiance dans le mouvement,

  • ✔ de désensibiliser le système nerveux,

  • ✔ de renforcer les structures qui protègent les zones douloureuses.

Contrairement aux idées reçues, bouger ne signifie pas aggraver une blessure.
Lorsqu’il est bien choisi, le mouvement est un stimulus thérapeutique, pas une menace.

Le rôle du kinésithérapeute dans ce processus

En consultation, le kinésithérapeute ne se contente pas de “faire bouger”.
Il construit une progression adaptée à votre situation.

Cela inclut généralement :

  1. Des mobilisations douces pour restaurer la mobilité sans provoquer de douleur inutile.

  2. Un renforcement progressif pour rendre le corps plus résistant aux contraintes du quotidien.

  3. Une éducation thérapeutique pour comprendre la douleur et réduire la peur du mouvement.

👉 Comprendre ce qui se passe dans votre corps diminue déjà une partie de la douleur.

Et si le mouvement faisait encore un peu mal ?

Une idée importante :
👉 Douleur ne signifie pas forcément danger.

Dans de nombreux cas, ressentir une gêne modérée pendant ou après un exercice est normal et transitoire.
Ce qui compte, c’est l’évolution globale :

  • la douleur ne doit pas augmenter durablement,

  • la fonction doit s’améliorer avec le temps,

  • la confiance dans le mouvement doit revenir.

C’est précisément là que l’accompagnement par un kinésithérapeute prend tout son sens.

À retenir

  • La douleur persistante n’est pas toujours liée à une lésion active.

  • L’arrêt du mouvement entretient souvent le problème.

  • Le mouvement adapté est l’un des traitements les plus efficaces contre la douleur.

  • En kinésithérapie, on soigne en rendant le corps plus capable, pas en le mettant au repos indéfiniment.


Références scientifiques (sélection)

  • Moseley GL, Butler DS. Fifteen years of explaining pain: the past, present, and future. J Pain, 2015.

  • Hodges PW, Smeets RJ. Interaction between pain, movement, and physical activity. J Pain, 2015.

  • Geneen LJ et al. Physical activity and exercise for chronic pain in adults. Cochrane Database, 2017.

  • Louw A et al. The efficacy of pain neuroscience education. Physiotherapy Theory and Practice, 2016.